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Relation Afrique-Union Européenne depuis le sommet du Caire: enjeux et perspectives.

by Laure Baudet last modified 2007-05-17 11:38

L’environnement des relations UE -Afrique a évolué de manière importante depuis le premier Sommet UE-Afrique du Caire en 2000. Les relations internationales ont été bouleversées par les événements du 11 septembre qui ont amené la question de la sécurité au premier rang des agendas internationaux.

Relation Afrique-Union Européenne depuis le sommet du Caire: enjeux et perspectives.

Sommet du G15 19 juin 2000, Le Caire

Par Nze Ekekang Freddy *

D’autres thèmes politiques ont été promus à la première place, comme celui des migrations, ou encore celui de l’environnement .
En Afrique, la création des institutions panafricaines comme le NEPAD  suivi par l’Union africaine a permis d’entamer un dialogue légitime et permanent au niveau continental entre l’Europe et l’Afrique, ce qui n’était pas encore le cas au moment du Sommet du Caire.

 Qui plus est, le partenariat UE-Afrique actuel a montré des lacunes que les nouveaux partenaires devront analyser profondément avant d’entamer un débat sur le futur de ce partenariat.


Le thème dit de la « vision partagée », un des cinq chapitres des négociations, vise à discuter du cadre politique général qui définit les relations Afrique-UE. En effet, il est difficile de diriger un processus efficace aboutissant à une stratégie conjointe  si les différentes parties impliquées ne partagent pas, dès le début, une compréhension commune des objectifs envisagés.

Par conséquent, les différents acteurs européens et africains doivent se mettre d’accord sur une série de questions fondamentales : Pourquoi a-t-on besoin d’une nouvelle stratégie (additionnelle à toutes les politiques déjà en place) ? Quelles sont les ambitions de cette nouvelle stratégie ? Quels valeurs et principes devraient être à la base de la future stratégie conjointe ? Si le but de la future stratégie conjointe est de constituer un vrai tournant dans les relations UE-Afrique et servir de base pour les 10 prochaines années, la discussion sur la vision partagée sera d’importance fondamentale pour le processus entier.

Au cours de cette dernière année, la Stratégie semble être devenue un vrai document de référence pour l’action de l’UE. Elle a dirigé l’agenda de l’UE pour l’Afrique et a été utilisée pour définir les domaines prioritaires pour une action conjointe. On constate également un progrès sensible dans la planification et la mise en œuvre des engagements pris par la Commission Européenne et les Etats Membres de l’UE. Dans la tentative de poursuivre des actions communes UE-Afrique, l’année 2006 a aussi vu le lancement de la Stratégie Conjointe UE-Afrique. Un Groupe d’Experts composé des membres de la Troïka a reçu le mandat de remettre en marche le travail sur le Projet de Stratégie Conjointe, avec le lancement des consultations auprès de la société civile et des autres acteurs. L’issue de ce processus sera soumise à évaluation et adoption lors du deuxième Sommet UE-Afrique.

Peut-on déjà établir un premier bilan ou du moins un premier aperçu des succès de la première année de la Stratégie de l’UE pour l’Afrique, dans les domaines de la bonne gouvernance et de l’amélioration de la compétitivité économique de l’Afrique ?

La Stratégie de l’UE pour l’Afrique reconnaît qu’une meilleure gouvernance est une condition préalable pour une croissance soutenable et équitable qui génère le développement en faveur des citoyens africains. La bonne gouvernance inclut la capacité du gouvernement à gérer efficacement ses propres ressources économiques et sociales et concevoir et mettre en œuvre des politiques sensées et des larges cadres réglementaires  ; promouvoir l’efficacité économique à travers des règles équitables ; et enfin  limiter la corruption et les mauvaises pratiques dans les domaines publics et privés.

A cet égard, un des meilleurs développements de la Stratégie UE-Afrique en 2006 a été le lancement de l’Initiative Gouvernance. Cette initiative encourage la participation au processus du MAEP , et fournit aux pays africains l’appui financier pour mettre en œuvre les reformes inspirées par le MAEP. La Stratégie s’est engagée à appuyer les domaines qui ont été identifiés comme prioritaires par les Etats et fournit un mécanisme d’encouragement, qui garantit l’accès à des financements additionnels aux pays ACP , en fonction des leurs accomplissements dans les programmes de reforme de la gouvernance.

Le 10e Fonds Européen de Développement (2008-2013) pour les pays ACP inclura une enveloppe incitative de € 2,7 milliards, comprenant des enveloppes nationales et un fonds régional d’environ € 300 millions.

Un des défis clés de cette Initiative est d’appuyer la société civile africaine afin qu’elle participe plus efficacement aux processus d’évaluation par les pairs dans leurs pays et simultanément de s’engager à assister les Etats qui se sont lancés dans une évaluation par les pairs et ont développé un plan d’action, avec sa propre mise en œuvre. Jusqu’à aujourd’hui, la société civile a montré sa faiblesse et ses difficultés à organiser ses pensées dans des documents écrits et cohérents, à adopter une stratégie de lobbying auprès du gouvernement, du Conseil du MAEP et des équipes d’évaluation du MAEP.

Pour faire en sorte qu’il y ait des engagements réformateurs, la société civile doit être active et faire savoir au gouvernement que le processus est pris très au sérieux et qu’il doit être équitable et transparent. Ceci nécessite des capacités d’organisation et de financement.

L’UE a fourni un important soutien financier et technique à l’Union Africaine (UA) . Il faut noter que chaque pays participant au processus du MAEP doit financer le processus de participation publique ainsi que les coûts pour accueillir l’équipe d’évaluation du MAEP de 15-20 personnes, pendant trois semaines. De cette manière, la plupart des coûts du MAEP reposent sur le niveau national.

Les pays essayent souvent de limiter la consultation publique et d’utiliser des délais très courts pour réduire les coûts. Il serait donc utile pour eux de leur faciliter le financement d’un processus rigoureux d’auto-évaluation. Notamment, la Stratégie de l’UE pourrait inclure des mesures afin de fournir les financements adéquats pour effectuer des enquêtes auprès des citoyens et des experts.
Tandis qu’il est important de sauvegarder la propriété et la mise en œuvre du MAEP en Afrique, l’UE devrait accentuer sa volonté à long terme de diriger les ressources vers les pays qui font des progrès dans l’amélioration de la gouvernance et de la gestion économique. L’utilisation des plans d’action du MAEP en tant que références pour fixer les priorités des programmes d’aide serait encore plus constructive.

Dans le même ordre d’idées, le dialogue politique, spécialement sur les questions sensibles, doit être prioritaire. L’impasse concernant le Zimbabwe, qui a été la pierre d’achoppement fondamentale au 2e Sommet Europe-Afrique, doit être surmontée. Ce sommet est essentiel dans le contexte de la priorité que l’Europe a donnée aux relations avec l’Afrique [à travers la Stratégie de l’UE pour l’Afrique ainsi que pour l’adoption de la Stratégie Conjointe UE-Afrique].
Le Sommet France-Afrique, qui s’est déroulé à Nice en Février 2007, a établit un précédent grâce à son interaction de haut niveau entre les acteurs européens et africains, en ce qui concerne l’inclusion de Mugabe.

La paix, la sécurité et le développement sont des intérêts communs et des objectifs partagés dans les relations entre l’UE, l’UA et les partenaires africains en général. Les acteurs européens et africains reconnaissent tous l’étroite corrélation qui existent entre sécurité et développement.

Depuis sa création en 2002, l’Union Africaine est rapidement devenue le principal acteur dans les questions de paix et de sécurité sur tout le continent africain, et l’UE a tenu à l’aider à soutenir ce but. L’UA espère poursuivre le renforcement de l’« architecture de paix et de sécurité » africaine au cours des quelques années à venir.

Il est de plus en plus reconnu qu'il existe des liens étroits entre le développement et la sécurité et que le développement durable ne se réalise pas sans l'absence de stabilité et de sécurité. Aujourd'hui, il est aussi de plus en plus reconnu par la communauté internationale ainsi qu'au sein de l'UE, que la réforme du secteur de la sécurité est un élément important de la prévention de conflits, du renforcement de la paix et de la démocratisation, et qu'elle contribue au développement durable.

La réforme du système de sécurité va même au-delà du concept de l'efficacité des services individuels (y compris l'armée, la police, les institutions juridiques, etc.), et se focalise sur le fonctionnement général du système de sécurité comme un élément de la politique et de la stratégie du secteur public en ce qui concerne la réforme de la gouvernance.

Après le retrait des forces internationales de maintien de la paix de l'Afrique dans les années 1990, le continent africain est aujourd'hui la plus importante destination des missions de maintien de la paix de l'ONU. En effet, elle est la seule organisation capable d'entreprendre des opérations de maintien de la paix de nature plurisectorielle qui la distingue de l'OTAN ou de l'Union africaine. Toutefois, l'UE et la seule autre structure multilatérale qui dispose du potentiel d'exécuter de telles missions complexes. Dans ce contexte, on peut noter une certaine évolution, c'est-à-dire que l'UE déploie aussi des forces de stabilisation dans des situations hostiles, tandis que l'ONU s'engage après la conclusion d'accords de paix.

L'Union européenne accepte de plus en plus sa responsabilité quant à sa participation dans de telles missions. Cependant, l'Union africaine manque de ressources pour déployer ces missions et souffre d'un écart de capacités, ce qui rend l'exécution de ces missions assez difficile. L’UE pourra lui apporter son soutien pour diminuer cet écart. 

Depuis 2004, la Facilité de soutien à la Paix pour l’Afrique de l'Union européenne appuie les missions de maintien de la paix de l'UA. La plupart du financement provient du Fonds européen de développement, mais étant donné la demande croissante pour le soutien financier aux missions de maintien de la paix dirigées par les africains, le Fonds connaît de graves problèmes d'épuisement et dépend du soutien supplémentaire des États membres de l'UE.

L’UE a intensifié ses efforts pour développer un cadre politique commun destiné à renforcer la cohérence et la coordination entre les politiques, les ressources et les instruments qui existent à son niveau (et notamment ses États membres) afin de mieux répondre aux besoins en pleine évolution de l’Afrique.

 Malgré les progrès réalisés dans ce volet assez récent de la coopération entre l’UE, l’UA et les organisations régionales africaines, de nombreuses questions clés doivent encore être abordées par tous les acteurs, du côté de l’UE comme du côté africain, si l’on veut véritablement consolider les progrès en cours et les capacités durables dans l’architecture de paix et de sécurité africaine en préparation, et obtenir des résultats durables.

*Responsable Comité Afrique ANAJ



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