L'héritage des philosophes du siècle des lumières
En France, Bayle, Fontenelle, Voltaire, Montesquieu et les écoles formées par ces hommes célèbres combattirent en faveur de la vérité, employant tour à tour les armes que l'érudition,la philosophie, l'esprit, le talent d'écrire ...
"En France, Bayle, Fontenelle, Voltaire, Montesquieu et les écoles formées par ces hommes célèbres combattirent en faveur de la vérité, employant tour à tour les armes que l'érudition,la philosophie, l'esprit, le talent d'écrire peuvent fournir à la raison; prenant tous les tons, employant toutes les formes, depuis la plaisenterie jusqu'au pathétique, depuis la compilation la plus savante et la plus vaste jusqu'au roman et au pamphlet du jour; couvrant la vérité d'un voile qui ménageait les yeux trop faibles et laissait le plaisir de la deviner; caressant les préjugés avec adresse pour leur porter des coups plus certains; n'en menaçant presque jamais ni plusieurs à la fois, ni même un seul tout entier; consolant quelques fois les ennemis de la raison,en paraissant ne vouloir dans la religion qu'une demi-tolérance, dans la politique qu'une demi-liberté; ménageant le despotisme quand ils combattaient les absurdités religieuses, et le culte quand ils s'élevaient contre la tyrannie; attaquant ces deux fléaux dans leur principe, quand même ils paraissaient n'en vouloir qu'à des abus révoltants ou ridicules, et frappant ces arbres funestes dans leurs racines, quand ils semblaient se borner à en élaguer quelques branches égarées(...); mais ne se lassant jamais de réclamer l'indépendance de la raison , la liberté d'écrire, comme le droit, comme le salut du genre humain; s'élevant avec une infatigable énergie contre tous les crimes du fanatisme et de la tyrannie; poursuivant, dans la religion, dans l'administration, dans les moeurs, dans les lois, tout ce qui portait le caractère de l'oppression, de la dureté, de la barbarie; ordonnant, au nom de la nature, aux rois, aux guerriers, aux magistrats, aux prêtres, de respecter le sang des hommes; leur reprochant avec une énergique sévérité celui que leur politique ou leur indifférence prodiguait encore dans les combats ou dans les supplices; prenant enfin pour cri de guerre: raison, tolérance, humanité."
Condorcet , Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain, Paris, Masson, 1822, P.206.
J'ai recopié ce passage dans: Histoire de France, Sous la direction de Jean Carpentier et François Lebrun, Préface de Jacques Le Goff, Collection "Points Histoire", Editions du Seuil
Olivier VEDRINE