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La relation transatlantique, révélateur d’une Europe Géopolitique

by Laure Baudet last modified 2007-05-20 23:40

Réfléchir à une nouvelle conception des relations transatlantiques est une démarche nécessaire aux vues des nombreux défis auxquels nous devons faire face désormais, tels que l’évolution de la situation internationale depuis 2001, l’identification de nouveaux enjeux majeurs, et les atermoiements de la construction européenne.

La relation transatlantique, révélateur d’une Europe Géopolitique

Europa et le monde

Par Pierre Drai, Barthélemy Courmont, Emmanuel Dupuy, Catherine
Croisier, Colomban Lebas, Nicolas Lanonier*

Le bouleversement  de « l’ordre mondial » traditionnel

Il faut s’attendre à ce que les Etats-Unis, dans les 25 prochaines années de ce qui est identifié comme la guerre contre le terrorisme, privilégient le double principe « d’alliance des démocraties » au niveau politique et de « coalition ad hoc » composées de partenaires « volontaires, capables et efficaces » au niveau opérationnel.

Une telle posture ne manquera pas de créer des divisions au niveau européen (cf. l’Irak et les « prisons secrètes » de la CIA).

  L’émergence de la Chine et de l'Inde va affecter durablement l’équilibre des puissances dans le monde, comme le montrent déjà l’interpénétration des économies américaines et chinoises, l’accroissement des capacités militaires et spatiales chinoises, les rapprochements multiples entre les Etats-Unis, la Russie et l’Inde, et la naissance hypothétique du bloc « Chindia », qui relèguera l’UE au rang de quatrième puissance économique en 2030.   

L’évolution des frontières communautaires depuis le 1er janvier 2007, avec l’élargissement à la Roumanie et à la Bulgarie, doit donner lieu à une réflexion sur les intérêts de l’Union sur ses frontières orientales, en particulier avec la Russie. Les conflits gelés autour de la Mer Noire et dans le Caucase, ainsi que les différends énergétiques et commerciaux entre la Russie et ses voisins (Pologne, Belarus, Ukraine) concernent désormais directement l’Union Européenne. Par ailleurs, les recompositions nationales dans les Balkans occidentaux demeurent une source de préoccupations (indépendances du Monténégro et du Kosovo, radicalisation de la Serbie).

 Enfin, et plus immédiatement, le dernier élargissement invite l’Union Européenne dans le théâtre élargi irakien par l’intermédiaire des bases américaines en Roumanie et en Bulgarie.

L’implication européenne dans le cadre de la résolution de la crise iranienne, de la reconstruction libanaise et de la relance du Quartet confirme l’importance stratégique que sont le Proche et le Moyen Orient pour l’Europe.

 Les difficultés européennes

 La construction européenne connaît des difficultés tant en ce qui concerne la définition des objectifs que souhaite atteindre l’Union européenne (comment faire face de manière collective aux défis globaux que posent la démographie, l’énergie, le climat, et les mouvements de population?) que dans son fonctionnement institutionnel (depuis l'échec du référendum notamment).

 Parallèlement, l’Union Européenne traverse une phase de recomposition. D'une part, la présidence allemande du Conseil de l’Union Européenne s’est fixée pour principal objectif de relancer le débat sur l’avenir institutionnel de l’UE, à la suite des référendums français et néerlandais. D’autre part, les frontières européennes viennent de changer.

Enfin, les récentes élections en France et celles à venir au Royaume-Uni ont d’ores et déjà des effets ressentis jusqu’à Bruxelles.

Or de nouvelles lignes de fracturent apparaissent déjà. La réunion à Madrid du groupe des 17 pays ayant ratifié le traité constitutionnel européen afin de poursuivre la ratification et de « faire entendre la voix » de 270 millions d’Européens constitue la formalisation d’une nouvelle « coopération renforcée » dont les effets politiques sont encore incertains.

 Par ailleurs, la question des nouveaux élargissements de l’Union est, hors des frontières hexagonales, toujours d’actualité pour nombre des Etats membres, favorables à l’entrée de la Turquie, de la Croatie et des Balkans occidentaux. Au-delà, la question d’une éventuelle adhésion de l’Ukraine restera posée. La question du devenir commun de l’Europe se pose désormais pleinement.

 Pierre Sellal, Représentant permanent français auprès de l’Union européenne, lors d’une conférence en décembre dernier soulignait:

 « On peut considérer que l’Union, jusqu’à 15 Etats partenaires, pouvait ne pas trancher entre les deux axes concurrents : édification d’un espace de paix et de prospérité et construction d’un projet politique d’intégration. »

Ceci est désormais impossible à 27, où les forces centrifuges (dilution du sentiment d’appartenance à un espace commun, abandon progressif de l’intérêt collectif) l’emportent sur les forces centripètes.

 A l’échelle française, l’avenir de l’Europe dépendra beaucoup de la volonté que mettra le nouveau président à relancer la construction européenne. Force est de constater qu’aucun des deux candidats à la présidentielle n’a fait preuve  preuve d’une grande vision française de l’Europe. Au plus, leurs popositions oscillaient entre l’Europe puissance normative et / ou démultiplicatrice de l’influence française dans le monde.

Il conviendra donc de suivre avec attention si N. Sarkozy mettra en oeuvre ses positions sur l’Europe ou bien si elles ne resteront qu’une rhétorique électorale.

  La question de la relation transatlantique est restée quant à elle, pendant cette campagne, bien élusive, soigneusement évitée en raison de son caractère hautement polémique en France. Il est donc nécessaire que d’ici au moment où la France prendra la présidence du Conseil de l’Union Européenne, le 1er juillet 2008 une stratégie française ait été arrêtée. D’autant que l’agenda sera chargé au cours de cette présidence, avec notamment les négociations sur la PAC, mais également les élections présidentielles américaines.

 

Quel cadre pour la relation transatlantique ?

 La relation transatlantique a connu un glissement de son champ d’application au cours des dernières années. Il s’agit de moins en moins de savoir quelle est la nature des échanges entre Européens et Américains, mais de déterminer comment la zone euratlantique traite de l’agenda global (sécurité et défense, environnement, droits de l’homme, …).

 Cependant, cet élargissement du champ de compétence de la relation transatlantique nécessite d’une part, la coordination des acteurs et, d’autre part, un consensus sur la composition des acteurs. Or, des deux côtés de l’Atlantique ces questions reçoivent des réponses différentes.

 Les instances classiques de concertation semblent moins pertinentes qu’auparavant. Le groupe de travail du Conseil traitant des questions transatlantiques (COTRA) n’est pas un forum de haut niveau et se concentre essentiellement sur les différends commerciaux.

Par ailleurs, les rendez-vous institutionnalisés existant dans le cadre du partenariat transatlantique (rencontres au niveau des Ministres des Affaires étrangères, Sommets Europe-Etats-Unis) restent pour l’essentiel le lieu de rencontres très formelles au cours desquelles très peu de décisions sont prises.

L’OTAN oscille entre des directions contradictoires qui opposent la vision classique de l’Alliance à celle d’un forum sécuritaire des démocraties, l’OSCE, en perte de vitesse depuis 10 ans apparaît comme trop large pour les Européens et les relations bilatérales, sont par nature, trop étroites.

 De nouvelles instances de dialogue se sont ouvertes récemment, pour compléter celles existantes, indépendamment des mérites de chaque format. Tous ces exemples rendent compte de la difficulté à retrouver une instance de dialogue permettant d’allier efficacité, souplesse, représentativité et pertinence. Ainsi, des groupements régionaux formalisés ou non sont devenus des acteurs de la relation transatlantique (tels que le GUAM ou le groupe de Vilnius).

 Des groupes ad hoc ont pu traiter de questions spécifiques (E3, Groupe de Contact, Quartet), de même que certaines relations bilatérales (la relation spéciale avec le Royaume-Uni dans le cadre de l’Irak, celle avec la France dans le cadre du Liban).

 Enfin, à Washington, plusieurs rencontres ont eu lieu autour du DOS, des représentations de l’UE et de l’OTAN et des ambassadeurs de France, du Royaume Uni et d’Allemagne.

 Aussi est-ce sans surprise que les Etats-Unis ont trouvé dans l’Allemagne un partenaire idéal, dans la mesure où il s’agit d’un grand pays assurant à la fois la Présidence du Conseil de l’UE et celle du G8. Cette rare conjonction de présidences donne aux Etats-Unis l’impression d’un partenaire où son influence saura être crédible et efficace.

 Côté européen, le rapport de force au sein du Conseil se dessine aujourd’hui en faveur d’un approfondissement des relations entre l’Europe et les Etats-Unis.

 S’appuyant sur les pays traditionnellement favorable au maintien d’un lien transatlantique fort (Royaume-Uni, Pays-Bas, nouveaux Etats membres), la présidence allemande semble avoir fait des relations avec Washington l’un des axes fort de son action dans le domaine de la politique extérieure avec la volonté de faire de Bruxelles un partenaire crédible jouant pleinement son rôle aux côtés des Etats-Unis.

 Dans cette perspective, on peut s’attendre à ce que la proposition américaine de « relever ensemble les défis mondiaux » soit entendue favorablement dans la conjoncture actuelle par la majorité des Etats membres de l’Union Européenne. Il ne faut cependant pas sous-estimer les difficultés du Conseil à parvenir à une position commune sur un sujet sur lequel les différences de vues entre chancelleries européennes restent encore marquées.

 Si les pays européens ne parvenaient pas à s’entendre sur les contours à donner à un partenariat transatlantique renouvelé, les relations avec Washington se feraient a minima par le biais de contacts bilatéraux ou via des partenariats impliquant plusieurs Etats membres et définis en fonction des affinités politiques, tels qu’un axe Washington - Londres - Berlin - Bucarest.

 En filigrane la question de l’identité transatlantique ou euraméricaine se dessine parallèlement à celle de l’identité européenne. Aux Etats-Unis, les avocats de l’atlantisme voient une identité euraméricaine unipolaire (avec un tropisme décisionnel américain), allant des Etats-Unis à l’Asie centrale. Alors qu’en Europe, les avocats de l’atlantisme voient une identité euraméricaine multipolaire, limitée géographiquement aux frontières incertaines de la superposition de l’UE et de l’OTAN.

 

Pistes pour la politique extérieure de l’UE

 L’Europe, pour relancer sa construction géopolitique ne manque toutefois pas de moyens : coopérations avancées pour la défense, bonne image de l'UE par rapport à l’OTAN donc complémentarité entre les deux structures, meilleure communication sur les opérations extérieures menées par l'UE, bon bilan sur les battlegroups.

Par ailleurs, l’Europe ne devrait pas craindre de recourir à l’outil militaire à l'appui de ses positions, pourvu qu'elle dispose de raisons légitimes pour le faire.

 De même, le « volontarisme » russe au Caucase Sud réaffirme t-il aussi la prégnance de l’intérêt européen pour garantir la stabilité régionale et ce par l’entremise de sa Politique Européenne de Voisinage (PEV).

 L’émergence d’une Europe forte, capable de défendre ses intérêts à ses frontières et de participer efficacement à la sécurité globale - seule condition de la multipolarité si souvent souhaitée - implique de formuler dès aujourd’hui une politique étrangère réaliste, prenant pleinement en compte la singularité géographique d’un continent qui, à la suite des élargissements successifs de l’UE, voit de plus en plus ses frontières se rapprocher de zones hautement instables.

 Elle doit par ailleurs prendre en compte les évolutions de la situation internationale, notamment les changements dans les rapports entre grandes puissances et puissances émergentes et l’approche nouvelle qu’impriment les Etats-Unis sur les relations internationales.

 Enfin, la relation transatlantique ne saurait être diminuée par une Europe sachant reconnaître ses intérêts transatlantiques comme transcontinentaux.

 

* Les contributeurs à cet articles sont tous membres du Groupe de Réflexion sur les Nouveaux Enjeux Transatlantiques (GR.NET).

http://www.centretransatlantique.fr/content/view/53/61/lang,fr/

 


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